Portrait d’étudiant : Priscillia Laplante, force et courage

Ils viennent de divers horizons et ils ont des expériences dans différents domaines. Qui sont ces étudiants du D.E.S.S. en journalisme? Voici le premier portrait de l’un d’entre eux : PRISCILLIA LAPLANTE, force et courage

Elle travaille à temps plein : chargée de projet pour un organisme communautaire. Elle est mère monoparentale et élève quatre enfants; dont trois sont atteints de dyspraxie, un trouble neurodéveloppemental qui affecte la coordination motrice. Elle se nomme Priscillia et elle âgée de 32 ans. Profession : étudiante à temps partiel au Diplôme d’études supérieures spécialisé en journalisme à l’Université de Montréal.

Et elle trouve encore quelques heures pour faire du bénévolat à l’école de ses enfants.

Comment arrive-t-on à concilier travail, études et famille? Énergie, courage et détermination.

Elle est à « La Petite Maison » de Pointe-Calumet depuis plus d’un an. C’est un organisme communautaire qui vient en aide aux citoyens de 0 à 99 ans en leur offrant des programmes de dépannage alimentaire, de l’aide au devoir, des cuisines collectives, des groupes de soutien…

Cet après-midi, Priscillia anime une réunion de planification des prochains événements. « Elle est vraiment efficace et bien organisée! » commente un des membres de la réunion pendant qu’elle va faire une photocopie.

Priscillia doit mettre sur pied des activités pour briser l’isolement et créer un sentiment d’appartenance à la communauté d’environ 7 000 habitants de Pointe-Calumet. Depuis quelques années, le développement de grands centres commerciaux dans la région a entraîné la fermeture de plusieurs services de proximité.

Les habitants n’ont presque plus d’endroits où ils peuvent se retrouver et tisser des liens. Ne reste que la quincaillerie à Marcel, le resto Chez Louis, le resto-bar Chez Alain et le Ultramar.

Après son 3e enfant, Priscillia décide de poursuivre ses études. Les prêts et bourses lui permettent d’étudier à temps plein et de concilier famille et études. Elle obtient un baccalauréat par cumul en anthropologie, psychologie et arts visuels, mais n’y voit pas beaucoup de perspectives d’emploi.

Elle s’inscrit alors au D.E.S.S. en journalisme à l’Université de Montréal. Elle rêve d’écrire des reportages sur la vie des gens en société, du style « National Geographic ».

Mais, son nouveau poste au centre communautaire complique les choses. Elle doit dorénavant concilier famille, études et travail. « Une chance que j’ai une “boss” qui est très compréhensive et accommodante ».

Les lundis, Priscillia part à la course de son bureau à 15 h pour faire le trajet jusqu’à l’université. Elle arrive presque toujours en retard de 15 à 20 minutes. Quand ce n’est pas pour ses études, c’est pour la famille qu’elle doit parfois s’absenter du travail.

En plus d’être dyspraxique, son fils Félix-Antoine (9 ans) est autiste et souffre de paralysie partielle des quatre membres. Il a droit à 25 heures de soutien en physiothérapie, en ergothérapie et en orthophonie chaque semaine.

Priscillia doit souvent l’accompagner à un rendez-vous ou l’aider à l’école. Diane, sa patronne, lui permet de reprendre ses heures, de chez elle, les vendredis.

Le plus difficile, c’est le manque de temps pour faire ses travaux.

« Il n’est pas rare que je sois obligée de faire mon travail en vitesse sur le coin d’une table et je n’ai même pas le temps de me relire avant de le remettre au professeur.

C’est dur pour mon ego, mais c’est le compromis que je dois faire.

Soit que je remets un “brouillon” ou soit que je ne remets rien du tout. Quand j’aurai fini mon D.E.S.S., je vais avoir du temps pour écrire mes articles et bien les travailler. Je sais qu’au moins j’aurai appris les notions qui me serviront plus tard. »

De retour à la maison, Priscillia prépare rapidement un pâté chinois pour ses quatre affamés. Il faut faire vite, car Jean-Olivier a une pratique de hockey à 19 h.

Le sport prend une place vraiment importante dans la vie de Priscillia et de ses enfants. Gaïa (12 ans) fait de la compétition de planche à neige. Killy-Anne (6 ans) et Félix-Antoine (9 ans) ont fait du karaté, mais, à l’automne, ce sera la ringuette pour Killy-Anne et probablement les scouts pour Félix-Antoine.

Et Priscillia dans tout ça? « Je n’ai pas le temps de m’entraîner présentement, mais j’adore courir… J’ai hâte de recommencer après la session! »

On mange en vitesse et Priscillia donne les instructions à Gaïa, son aînée : elle devra faire faire les devoirs des deux plus jeunes et les coucher à 20 h 30. Elle s’assure que Félix-Antoine et Killy-Anne ont bien compris ce qu’elle attend d’eux.

Priscillia ne sait pas encore comment elle va s’organiser pour la prochaine session. « Faire deux cours par session, c’est trop exigeant! Ma plus petite se plaint qu’elle ne me voit pas assez et elle pleure.

J’ai passé deux semaines au mois de mars où j’étais complètement épuisée. Dans le cours du jeudi soir, je tremblais tellement j’étais fatiguée. Je ne veux plus revivre ça! Mais, si je m’inscris à un cours seulement, je devrai commencer à rembourser ma dette d’étude, un montant de 350 $ par mois, et je n’aurai pas les moyens de payer mon cours. »

Jean-Olivier met son équipement de gardien de but dans la valise et c’est le départ pour l’aréna de Deux-Montagnes.

« Quand on commence quelque chose, on va jusqu’au bout. Je vais prendre l’été pour réfléchir… À la fin juin, je pars faire un road trip vers la Californie avec les enfants. J’aurai un mois pour passer du bon temps avec eux, pour me changer les idées et réfléchir à ce que je veux faire pour l’avenir. Je veux faire un blogue avec les enfants pendant notre voyage pour que nos amis et la famille puissent nous suivre. »

Au programme, un entraînement 3 contre 3. C’est assez exigeant, surtout que c’est le premier entraînement depuis la fin de la saison il y a deux semaines.

Les problèmes de dyspraxie de Jean-Olivier rendent la coordination de ses mouvements plutôt compliquée. Pourtant, avec la pratique, il est devenu un très bon gardien de but. « Avant, il pleurait pour rien dès qu’il se faisait mal un peu. Maintenant, il s’est beaucoup endurci et il a une bien meilleure estime de lui. Le hockey lui a fait beaucoup de bien. »

Priscillia suit fièrement les prouesses de son fils. Dans le peu de moments libres, elle réfléchit aussi à son avenir.

« Pour l’instant, j’adore mon travail au niveau communautaire, c’est vraiment stimulant et valorisant. Je pense continuer à travailler comme chargée de projet et écrire des articles à la pige. De toute façon, le cadre plus restrictif des grands médias ne me conviendrait pas. Je préfère la pige pour les horaires plus flexibles et le choix de sujets plus libre. »

L’entraînement est terminé. On retourne à la maison. Priscillia et Jean-O. sont brûlés! Jean-Olivier prendra sa douche en arrivant et ira se coucher. « Et s’il est trop fatigué, la douche ira au lendemain matin! »

En arrivant, Priscillia ira embrasser les enfants qui seront déjà endormis, elle ira jeter un dernier coup d’œil à ses courriels se couchera à son tour.

Demain matin, 5 h, elle attaquera ses travaux scolaires.